Un bruit chaud.

Une vague rouge.

Pincement.

Un reflux dans le noir… Et sa conscience émergea lentement.

Il existait ? Argo perçu un éclat à travers l’obscurité. Quelque chose brulait sa poitrine. Un choc. L’éclat de la lame dans sa chair. Il se souvint du harpon qui l’avait fauché !

Derrière, un flottement… Le sable ! Il glisse sur le sable… Le ciel immobile. Il coule…

Le cliquètement du feu de broussaille le réveilla. Il connait. Il le devine derrière ses pupilles closes. Il parvient à ouvrir les yeux. Le soleil. La chaleur. Mais c’est un bleu profond qui accueille son regard. Il est perdu dans un océan d’étoiles.

Non.

A la périphérie de son regard, des ombres crépitantes qui dansent sur le grès.

Des larmes coulent de ses yeux et le flou s’adoucit.

Il est dans une alcôve à même une falaise, l’endroit fait une dizaine de mètre carré, comme une larme creusée dans la roche. Il devine un bruit d’eau, régulier, n’importe qui le reconnaitrait. Les irrégularités des parois piégeaient l’humidité qui creusait la roche en larme en s’écoulant. Toute la caverne ruisselait. Les éclats du feu se reflétaient partout. Il se tenait dans une poche d’étoile.

Tout son corps était en feu. Il pouvait sentir le reflux de son sang et chaque battement était une épreuve. Il sentait sa gorge brulante mais ne put déglutir. Chaque fibre était souffrance. Des milliards de nerfs percés un à un par une aiguille… Il se sentit chavirer sous la douleur : la vague était trop forte.

Une goutte de sueur traversa son visage jusqu’à la commissure de ses lèvres. Elle glissa et il put sentir le gout salé. Il s’arrima au sel.

« Vivant. »

Ses yeux suivaient la danse du feu.

C’était beau, il voulait en pleurer.

Il plissa les yeux et sentit son visage se déchirer. Un ressac dans son corps tourmenté.

Brulé.

Mais vivant.

Et il perdit conscience.

Quand il se réveilla il sentit que tout son corps était emmailloté dans des bandelettes humides. Il pouvait sentir chaque centimètre de sa chair à vif.

La douleur était toujours omniprésente, mais tout autour de lui était à présent net. La caverne, sa blessure. Il souvenait de l’attaque. Mais impossible de bouger. Chaque frémissement de muscles lui arrachait une grimace. Il ne pouvait que regarder en l’air, les ombres mouvantes du feu, les milliers d’étoiles qui assourdissait le pétrole de la nuit.

Il discerna une forme noire découpée dans l’entrée. L’ombre se souleva et s’approcha.

Une appréhension soudaine grandit dans son esprit.

Qui ?

Pas un cannibale, puisqu’il était entier.

Esclavagiste ? Seul ? Peu probable…

Un voyageur perdu ?

D’ailleurs ou était-il ?

Il se souvenait des dernières collines après les ruches, l’océan sur la droite. Loin au sud-ouest, les premiers contreforts de la muraille, encore clairsemés d’arbres fossilisés et, encore bien plus loin au sud, les rivières asséchées des confluents… Il était parti d’Yggrasil deux jours auparavant. Ou était la lune ? combien de temps s’était-il écoulé ?  Les questions lui fouettèrent le visage à mesure que l’homme s’avançait vers le feu.

Mais pas l’homme.

Dans un chuintement de vérin, le squelette s’accroupit devant lui.

« Vivant ? »

Argo ne savais pas quoi faire. Complètement bloqué par la douleur, il cligna des yeux.

L’humanoïde hocha la tête : « Tu n’étais pas beau. Un tas d’os. Les oiseaux planaient »

Un squelette. Le vestige vivant d’un temps révolu.

Ce n’était pourtant pas la première fois qu’il en voyait un. Un jour, il avait trouvé une trace indescriptible, et l’avait suivi sur des lunes. La trace ne s’arrêtait jamais. Un rythme régulier, jour et nuit. Et puis au creux d’une dune, il avait retrouvé un corps humanoïde sectionné dans une mare d’huile. Trois sautes sabres gisait dans le sable à ses côtés, leurs membres chitineux éparpillés aux quatre vents. Il n’avait pas osé s’approcher : il y avait beaucoup de traces tout autour. Peut-être un accès camouflé au nid ? Il avait hésité longtemps. N’importe quels artefacts pouvait se vendre pour des lunes et des lunes d’eau. Pas de chance.

Mais un de si près ? Et parler ? C’était irréel.

Il y avait par moment comme un a coup dans sa voix, un claquement. Mais il reconnut un accent d’écorché. Et bien profond. L’absence de mâchoire donnait l’impression à Argo d’entendre une voix directement dans sa tête, sans réalité pour s’assurer qu’il n’était tout simplement pas fou. Le son résonnait à travers la caverne, omniprésent.

« Douzes cycles que tu vas et viens. Ta mémoire te joue des tours »

L’écho retentit doucement. Douze cycles ?

Ou pouvait -il être ? Il n’avait été qu’à un ou deux jours de désert d’Yggdrasil ou de Jossam… Pourquoi la montagne ?

Il ne comprenait plus. Tout cela était trop irréel.

Un squelette ?

Des centaines de question refluèrent dans sa tête et il sentit les ténèbres se refermer.

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